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 Les archives perdues

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Khyrra
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MessageSujet: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 18:55

De notre passé, nous n'avons que peu de traces écrites, la tradition orale ayant été longtemps privilégiée. C'était même une question de survie à une époque où le moindre document écrit pouvait nous couter la vie... à tous.

Un seul document manuscrit a su traverser les siècles, année après année, témoignage éternel de la vie de ce groupe de hors-la-loi que nous sommes, minutieusement rempli et transmis par chaque maître de clan à son successeur.

Ces archives sont notre bien le plus précieux, bien plus que tout l'or du monde, bien plus que notre sang, infiniment plus que notre vie. Chacun d'entre nous est prêt à se sacrifier pour que ce grimoire traverse les âges. D'ailleurs, nous avons choisi de lui céder notre renom et notre sécurité pour l'arracher aux griffes de nos anciens frères, nous autres qui refusons le joue d'Allister.

Aujourd'hui, nous vous entrouvrons notre passé, mesurez bien l'honneur qui vous est fait!


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Khyrra
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:10

Chapitre 1 : Au commencement


Taverne d’Astrub, peu avant l'aube. Un étrange calme entourait les cinq Brakmariens assis autour d'une table, une bière a la main pour certains, dans l’arrière-salle désertée spécialement par sa faune habituelle pour l’occasion. La porte s'ouvrit brusquement, laissant passer un Bontarien aux ailes démesurées, suivi de quatre autres, dont les yeux balaient furtivement les recoins obscurs de la salle. Un des démons prit la parole :

- Ainsi donc, c'est vous notre nouveau commandant?

Une légère méfiance filtrait à travers ses mots, anges et démons réunis dans une même pièce, cela était rarement arrivé depuis plusieurs générations. Erinyes, tel était le nom de l’imposant Bontarien, levant un visage impassible, toisa avec respect le démon qui venait de l'interpeller avant de répondre.

- En effet.

Il se dirigea vers la table, s'assis entre deux des démons les plus gaillards, et vida d'un trait la bière d'un d'entre eux. Le Brakmarien qui avait pris la parole éclata d'un rire tonitruant.

- Eh bien, pour un Bontarien, vous avez bien des manières de chez nous.

La remarque fut accueillie par un brouhaha de rire joyeux, la pression était retombée. Les quatre anges rabaissèrent leurs épaules tendues, et s'installèrent à leur tour autour de la table. Présentation et échange de poignées de main, la réunion devient très vite conviviale. Bien des détails avaient été réglés en sous main depuis des mois, et cette réunion ne faisait que sceller l’accord.

- Combien d'entre nous ici, ce soir, ont femmes et enfants?

Les rires s'estompèrent, quelques mains et bras se levèrent. Un certain nombre de ces hommes avait en effet une famille à charge.

- Combien de foyer devront nous encore pleurer la perte d'un père? D'une mère? Combien d'enfant seront les orphelins de demain?

Un silence respectueux accueillit ces paroles. Le Bontarien avait su toucher le coeur de ces hommes réputés durs et insensibles.

- Qu’est-ce qui nous lie encore à nos cités respectives ? La loyauté ? Non ! Qui resterait loyal à un petit nombre de seigneurs avachis dans leur opulence et se moquant bien de la vie des troupes qu’ils envoient périr.

Erinyes avait repris la parole, assumant à la perfection son rôle de leader, comme il l’avait toujours fait. En quelques mots, il sut résumer la situation et mettre tout le monde d’accord.

- Voila bien des années que nous nous connaissons… et nous opposons, nous, ceux qu’on appelle les gardes d’élite, ceux à qui sont confiés les pires actions en territoire ennemi. Des missions sensibles… suicidaires oui ! Aujourd’hui j’en ai plus qu’assez de verser mon sang pour des ingrats, seule la solde me motive encore à risquer mon existence pour eux. Mais cela va prendre fin. Puisqu’il n’y a plus que l’argent qui compte, alors nous aussi jouons à leur petit jeu. Ils veulent que nous remplissions des misions ? Et bien soit ! Qu’un échange d’un genre nouveau et particulier voit le jour aujourd’hui. Pour chaque acte commandité par Bonta en Brakmar, c’est un démon qui l’accomplira, et vise versa. Qui irait soupçonner un brave habitant de la cité, un garde loyal qui plus est ? Personne ! L’argent coulera toujours et sera partagé équitablement entre chaque partie. Et ainsi nous cesserons de mourir inutilement pour des gouvernements sans honneur.

Il y eut quelques applaudissements, vite noyés dans une nouvelle tournée de boisson pour arroser l’accord. Les choses allaient changer, le profit prenait le pas sur une idéologie caduque. Les dieux et les démons n’avaient que faire de l’existence de ceux qui prétendaient les servir, alors, à quoi bon y mettre du sien plus que nécessaire… tant que la paye tombaient à la fin du mois…

- Mes amis, déclama Erinyes, aujourd'hui est née la première légion mixte de nos deux villes, qu'elle emmène richesse et prospérité a nos foyers !


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Khyrra
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:12

Chapitre 2 : Lames anonymes


Les débuts ne furent pas évidents, la méfiance mettait régulièrement des bâtons dans les roues de l’unité du groupe. Mais ce que la confiance aurait eu du mal à cimenter, l’argent fit des miracles. Mais chaque combat leur permettait de fraterniser un peu plus et de transcender cette stupide frontière entre Bontariens et Brakmariens. Finalement, une véritable loyauté s’instaura entre eux mais surtout pour Erinyes. Pour lui, ils auraient tué ou sacrifié leur vie sans condition.

Etrangement, dans la période qui suivit cet accord secret, les affaires des deux cités ne connurent jamais meilleur succès : toutes les missions étaient couronnées de succès pour des pertes minimales, les gardes d’élites n’avaient jamais été aussi performantes. Et pour cause…

Pourtant, cela ne suffisait pas à ces guerriers, qui rongeaient leur frein de devoir plier devant des supérieurs distants. Un soir de répartition des payes dans leur habituelle arrière salle de la taverne d’Astrub, un des seconds lâcha l’idée qui leur trottait plus ou moins à tous dans la tête.


- Pourquoi ne pas élargir notre champ d’action ? Nos cités sont peuplées de riches crétins prêts à débourser des millions pour que l’on s’occupe de leurs petites affaires !

Erinyes resta dubitatif : il ne se voyait pas mettre son épée au service du premier venu, sans compter les problèmes que cela ne manqueraient pas de générer.

- Nous ne pourrons pas éternellement jouer à ce petit jeu, les maîtres de Bonta et Brakmar finiront par découvrir nos manigances. Autant nous préparer une porte de sortie ! Ecoute Erinyes, je ferais n’importe quoi pour toi, mais viendra un jour où nous devront déguerpir, je préfère assurer mes arrières et compter sur un beau petit pactole pour mes vieux jours plutôt que sur la crédulité actuelle de nos dirigeants.

Leur chef se leva et marcha de longue minutes dans l’étroite pièce, réfléchissant aux tenant et aboutissants de cette proposition. Il finit par revenir à la table et reprit sa place.

- Soit ! Mais que chacun prenne des mesures drastiques ! Je ne veux pas que cela tourne court pour des conneries ! Et en premier lieu, vous ne traiterez jamais avec ces… clients sous votre véritable identité !

Il fut ainsi décidé qu’ils opéreraient dans un anonymat total : Erinyes leur donna des noms de code, afin que leur véritable identité ne soit jamais révélée lors de l’exécution de ces contrats. Il leur fut simple de cacher leur appartenance, quelques guerriers parmi les multitudes que constituaient les deux armées… Au fond, qui se serait soucié de savoir qui était payé du moment que le travail était fait ? Les mois, les années passèrent, les affaires prospéraient, à un tel point que ce mercenariat finit par prendre le dessus sur leurs activités premières, au point qu’ils finirent par acquérir une certaine renommée dans le milieu.

Une bière de trop ? Une confidence mal placée ? Nul ne sut jamais qui cracha le morceau. Peut-être avaient-ils simplement été trop gourmands ? Trop voyants ? Trop… indispensables ? Etre dans les petits papiers des grands de ce monde avait des avantages, mais pouvait sinistrement nuire à court terme. Après toute ces années de bons et loyaux services – et viles et basses tâches accomplies dans l’ombre, la troupe d’Erinyes avait fini par devenir gênante…


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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:12

Chapitre 3 : Sombre éveil


Lerys, sacrieur et actuel second d’Erinyes, pénétra dans l'enceinte de la ville maudite. La soeur de Bonta avait perdu beaucoup de son charme depuis son enfance, passant d'une ville flamboyante de violence à un taudis indescriptible, ou putréfaction et fientes régnaient en maîtresses sur les rues. Quelques rixes ça et là lui donnaient encore un peu de vie, mais on était loin des rires braillard de petits chérubins que l'on croisait à chaque carrefour de Bonta. Cela faisait maintenant quelques années que la situation se détériorait. Ou alors était-ce d’avoir trop fréquenté les Bontariens d’Erinyes qui avait changé sa vision de la sombre cité ? Il songea à cette rencontre qui, des années plus tôt, lui avait redonné foi en son dieu.

Il traversa la place du marché, déserte à cette heure du petit jour, à part quelques malandrins en quête d’une victime éméchée à dépouiller. Il ne leur prêta aucune attention, sûr de sa défense. Pourtant, quand un groupe de cinq soudards passablement ivres au premier abord se précipita vers lui, il marqua un temps d’arrêt. Perplexe, mais prêt à tout, il dénombra les importuns d’un seul regard : deux écaflips, un sram, un iop balafré et un feca visiblement bien plus porté sur l’attaque que sur la défense. L’éclat soudain d’une lame tiré du fourreau lui laissa à peine le temps de dégainer avant qu’ils ne fussent sur lui.

La daguette arracha un morceau du tissu de son Ortiz, tandis qu'il refermait prestement le bras sur le coude de son assaillant, sram surgit comme un éclair sous son nez. Un geste bref suivit d'un craquement sec lui indiqua que l'os avait rompu, et le cliquetis sur le dallage brakmarien, que l’arme n'était plus une menace. Il relâcha le bras du pauvre diable, persuadé d'avoir affaire a un banal ivrogne, l'immobilisa d'une prise d'école sur le sol, et reçu l'image de l'insigne de la garde Brakmarienne masquée par la cape de son adversaire, comme une gifle au plus profond de son esprit.


« La garde? Mais que donc me veut la garde? Surtout déguisée de la sorte ... »

Il observa tour a tour les quatre autres gredins, qui, informés par cette première attaque infortune, conservaient leurs distances. Il y eut quelques secondes d’observation, puis tout s’enchaîna très vite, sans aucun avertissement. Il aperçut au travers des hardes le faciès félin d'un ecaflip et roula sur le flan pour esquiver le bluff qui brûla le corps du sram qui avait tenté de le poignarder.

« Ces types ne semblent pas se sentir désavantagés... Le combat à distance n'a pas l'air de les mettre mal à l'aise... »

A ce rythme, il allait se faire tirer comme un tofu ! Il fondit alors sur ses agresseurs, il s’en sortirait toujours mieux au corps à corps.

La lame d'une griffe aiguisée lui effleura la joue tandis qu'un deuxième ecaflip montait à l’assaut. Dans la cohue, le iop défiguré voulut prendre sa par de violence, gênant son matou de collègue, permettant à Lerys d’enchaîner sans avoir encore reçu la moindre éraflure. Saisissant son sabre d'une seule main, le sacrieur ouvrit le torse du félin épéiste, en retenant par le coup l'avancée du balafré.

Que les soldats coopèrent si peu lui donnait une précieuse information : cette attaque était le fait d’hommes peu habitués à travailler ensembles, ordonnée à la va-vite. Leur aspect débraillé prouvait en outre qu'un certain secret était de mise, quelqu’un cherchait à brouiller les pistes, sans trop en faire non plus. Du travail bâclé en somme… mais provenant d’assez haut pour qu’on s’en prenne à quelqu’un d’aussi gradé que lui, et sans que ces soldats n’éprouvent plus de scrupule que ça à assassiner un supérieur.

Ces quelques secondes d’analyse furent mises à profit par ses adversaires. Celui qu’il tenait en respect au bout de son sabre choisit stupidement de forcer les choses. Avec un sifflement agacé, Lerys se déroba, le déséquilibrant, et lui administra une punition qui laissa un troisième corps sur le sol. D’un revers, il embrocha son quatrième ennemi qui espérait l’abattre en traître en le prenant à revers. Il n’eut pas le temps de retirer sa lame du cadavre que la brûlure intense d’un topjak le frappait en plein dos. Sous la violence de l’impact, il chuta avec son défunt adversaire et du mettre un genou à terre pour se rattraper.

Il entendit le deuxième et dernier ecaflip ricaner et se rapprocher pour l’achever. Fébrilement, il tenta de dégager son arme mais rien n’y fit. Il avisa alors la dague du sram à un petit mètre devant lui. Feignant de succomber, il se laissa tomber de tout son long, saisissant l’arme au passage. Lorsque l’eca ne fut plus qu’à deux pas de lui, le second d’Erinyes se retournant brusquement et projeta l’arme qui allant se ficher dans la poitrine de son adversaire.

Le second se releva en grimaçant et prit le temps d’éteindre les dernières flammèches qui dévoraient encore sa cape désormais carbonisée. Il s’approcha alors du moribond qui se tortillait dans les affres de l’agonie.


- Qui vous à envoyer ? Pourquoi faire assassiner les gardes d’élite ?

- Les traîtres finiront tous au gibet !

L’assaillant cracha ces derniers mots comme une insulte avant de rendre l’âme. Lerys abandonna le corps encore chaud et s’éloigna avant d’attirer d’autres racailles. Il réfléchissait au sens de ces paroles : traître ? Mais en quoi était-il un traître ?

- On nous a vendu ! Erinyes ! Il faut le prévenir !

Il s’apprêtait à filer fond de train jusqu’à Bonta, mais la raison finit par reprendre le dessus : déjà réunir les membres brakmariens, si d’autres avaient survécus aux attaques qui n’avaient pas du manquer leur tomber dessus.
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Khyrra
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:19

Chapitre 4 : Fièvre du jeu


La veille au soir, quelque part à la lisière de la forêt entourant le village des Brigandins.

- C’est complètement fou comme mission ! C’est du suicide pur et simple !

- Mais avec cette prime ! Imagine ! Jamais en toute une vie nous n’en obtiendrons autant. Avec cela, même en le répartissant entre nous tous, il y aura assez d’argent pour que nous puissions vivre comme des princes. Finie la garde, terminés les petits contrats miteux !

- Tu t’emballes là… Avant de penser à la prime, il y a la mission à remplir, et pardonne moi, mais ça ! Assassiner un seigneur de Bonta, c’est autre chose qu’une promenade de santé !

- Depuis quand as-tu des scrupules ?

Sous le couvert des arbres immenses, alors que la lumière du jour déclinait lentement, les deux ecaflips s’entretenaient à voix basse, elle Gamesh, noire comme la suie, théoriquement au service de Bonta, et lui Seras, couleur de ciel d’orage, servile guerrier de Brakmar la sombre. Tout les séparaient, tout aurait du les pousser à s’entretuer, mais plus que l’argent, une volonté les faisait coopérer et s’apprécier mutuellement. L’entente n’empêchant pas le désaccord, la discussion était assez tendue ce soir-là.

- A moins que ce ne soit pas des scrupules ! Après toutes ces années, tu ne peux pas t’empêcher de rester loyale à ces…

- Arrêtes ! Tu sais bien que je me fiche de leur vie comme de ma première griffe ! C’est juste que c’est totalement fou comme mission !

- Tu t’attendais à ce qu’on nous demande d’aller cueillir des fleurs ! Bon sang, pense un peu à tout ce fric ! Ne me dis pas que tu es morte de peur ? Ca sera un magnifique coup de bluff, le plus grand coup de toute notre carrière !

Gamesh s’était arrêtée nette en entendant ces paroles, elle pensait avoir deviner ce que cette discussion en apparence stérile cachait.

- Tu as accepté ce boulot n’est-ce pas ? Sans demander l’avis des autres, sans me demander mon accord ! Tu es inconscient ou quoi ?! Tu sais ce que l’on risque si ça dérape ?

- La vie est un jeu constant et monotone si on ne sait pas prendre de risque. J’en ai assez de plier l’échine devant nos chers dirigeants, je veux vivre libre, et c’est l’occasion rêvée. Libre à toi de me suivre ou pas… Je ne te demande pas de le tuer, je veux simplement que tu me fasses entrer dans Bonta, de manière plus sûre que si je devais m’infiltrer par les moyens habituels. Tu peux bien faire ça non ? Ou es-tu trop lâche pour simplement te mouiller le bout des pattes ? Si tu préfères, je vais voir quelqu’un d’autre, et pourquoi pas Erinyes directement ? Qui se fera un plaisir d’accepter, j’en suis persuadé.

Gamesh ne répondit pas à l'attaque. Trop d'informations se bousculaient dans sa tête : montant de la prime, risques éventuels ... La balance penchait du coté d'un refus sans appel, se faire prendre a ce petit jeu pouvait mettre en péril toute l'organisation même de la milice d'Enyries. Sa foi en son meneur luttait contre sa nature joueuse. Une telle somme valait certes le risque encouru, mais il était certain qu'un échec aurait des retentissements désastreux. C'était la première fois qu'on leur adressait une demande visant un ancien client, d'Enyries lui même par dessus le marché! Si Seras n'avait pas cité le nom de leur mentor à cet instant, il est fort probable que Gamesh n'aurait jamais accepté une telle proposition. Cette seule mention fit un effet de contrepoids radical. Gamesh se sentit gagnée par l'appât du gain, par le risque ... par le jeu. Elle résista néanmoins encore un instant, pour ne pas donner a Seras la satisfaction de l'avoir fait céder trop facilement.

- Erinyes… Erinyes… Ne serais-tu qu’un pauvre chaton apeuré pour vouloir son aide, que dis-je sa protection ?! Allons, nous sommes bien assez grands pour nous débrouiller par nous même !


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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:19

Chapitre 5 : Banqueroute


Quelques heures plus tard, à la première bouche d’égout sous les murailles intérieures bontariennes, Gamesh attendait, nerveuse et impatiente. Elle sursauta lorsqu'un léger bruissement se fit entendre dans son dos, et se retourna pour voir un rat d’égoutant sortir d'un conduit à toute vitesse.

- Ce que ça peut être infect comme endroit… Tu n’avais pas moins simple mais plus agréable comme moyen d’entrer dans cette fichue cité ?

A la suite du rongeur, Seras s'extirpa du conduit, l'uniforme de la garde brakmarienne entièrement couvert d'immondices. Il délia fébrilement les multiples courroies qui le maintenaient en place, et jeta l'uniforme pestilentiel au loin.
- Entrer non, mais si tu n’y prend pas garde et continue à râler comme un porkass qu’on égorge, tu vas en ressortir en cercueil !

- Tu as tout?

Gamesh, sans un mot, lui tendit un uniforme bontarien de seconde classe.

- Enfile ça, tu cachera tes ailes sous la cape ... les simples soldats ont tous des ailes minuscules, ça n'étonnera personne qu'on ne voit pas les tiennes. J’espère que tu as aimé cette petite balade, parce que nous retournons dans les égouts. Avec toi comme compagnon, je vais éviter de me promener à découvert…

Dans la pénombre épaisse de la canalisation, Seras suivait tant bien que mal la fourrure ébène à travers le dédale de couloirs et de passages putrides. Certains corridors étaient difficiles à cerner, et il fallait éviter au maximum de perdre du temps avec de vulgaires rats et chamans d’égoutant.

Dans l'obscur et large couloir, où se faisait sentir le relent du courant et entendre les clapotis infects des nombreuses bestioles qui le peuplaient, un rayon de lune transperça soudain le plafond, écrasant le sol putride de sa froide lumière.


- C'est ici.

Seras leva un oeil gris vers la lune qui les baignait d'un faible halo.

- Ne reste pas la ! Tu as beau être habillé en soldat bontarien, peu d’entre nous s'aventurent ici... Notre simple présence pourrait paraître suspecte. La résidence de ta cible est plutôt bien gardée, aussi ai-je apporté cela...

Gamesh tendit a Seras un parchemin de camouflage.

- Voila comment je vois les choses : je vais sortir discrètement, tu me suivras à quelques pas de distance. Lorsque nous arriverons à la résidence, je m'occuperais de distraire les vigiles. Prend garde! Le parchemin de camouflage n'a pas un effet éternel, tu redeviendra visible dès le lever du soleil, assure toi d'être sorti et d'avoir regagner les égouts à ce moment là!

Seras acquiesça et gravit l'échelle de bois à la suite de Gamesh. Les rues de la cité étaient bondées de gardes. La gorge de Seras se noua sans qu'il put se contrôler. Malgré le sortilège du parchemin, il s'attendait à tout instant à être reconnu et mis en pièce. Gamesh le guidait par de petits gestes discrets de la main. Ils atteignirent sans encombre la demeure de leur cible.

- Oh! Mais que voit-je? Ne serais cette féline petite Gamesh! Tu es venu me consoler de ma solitude ma petite ecaflip?

Le soldat qui gardait l'entrée de l'imposante bâtisse apostropha sans le moindre respect celle qui lui était pourtant supérieur en grade. Par trois gestes rapides, Gamesh indiqua l'entrée la plus sure à Seras et entreprit d'occuper le garde.

La maison était étrangement vide. Apres avoir croisé tant de garde à l'extérieur, trouver un bâtiment aussi désert interloqua l'ecaflip, qui en tirant des conclusions réjouissantes. Qui pourrait croire qu'un brakmarien serait pénétré aussi loin dans la ville blanche, sans être repéré ? Il était certain que la réussite de sa mission ne ferait plus un pli.
Se repérant à l'aide des renseignements de Gamesh, Seras repéra assez rapidement la chambre du seigneur, dont la porte était grande ouverte. Son instinct de joueur pris le dessus sur la prudence, et il entra avec une joie débordante dans la pièce, obnubilé par le lit qui se trouvait en son centre. Les armoiries gravées sur le bois correspondaient, il ne lui restait qu'à planter sa dague empoisonnée dans le corps sans défense du seigneur pour jouir du contrat le plus fabuleux qui ne lui ait jamais été proposé. Faisant fi de toute prudence, Seras arracha le drap du lit et plongea le bras en avant ... pour ne toucher que du vide.


- Ainsi c'était donc vrai...

La voie provenait d'un grand homme, vieilli par les ans. Sur sa tunique se devinaient les mêmes armoiries que Seras avait vu sur le bois du lit. Sa cible le toisait avec mépris.

- Lorsque l'on m'a dit que je serai la cible d'un assassin brakmarien, j'ai rit... Lorsque l'on m'a dit qu'un de mes propres officiers le ferait entrer dans ma demeure, j'ai voulu le voir de mes propres yeux.

Aux coté de l'homme, Gamesh, pieds et poings liés, était agenouillée sur le sol, dans l'embrassure de la porte. Des soldats de Bonta se pressaient dans le couloir, et trois d'entre eux soulevèrent les rideaux qui les avait masqué aux yeux de Seras, pour venir bloquer l'accès aux différentes fenêtres.

- Vous allez avoir de nombreuses réponses à nous fournir, tous les deux !

Le cercle des gardes se refermait sur lui, les forces en présence étaient bien trop déséquilibrées, mais dagues en main, l’ecaflip s’apprêtait à faire face.

- Pas sans me battre !
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:19

Chapitre 6 : Aux portes de l’enfer


L'homme avançait dans les sombres couloirs des geôles bontariennes. Un par un, il scruta les recoins obscurs des oubliettes où gisaient, parfois inanimés, les corps de soldats brakmariens capturé au combat, et que l'on laissait mourir de faim ici. Des hurlements déchiraient les murs, hérissant l'échine des soldats qui le suivait. Certains d'entre eux déglutirent avec peine. Personne n'aimait visiter les profondeurs de la prison de Bonta, même si bien peu risquait de devoir y séjourner. Et toute personne qui en ressortait passait des heures à se demander ce que ça pouvait bien donner de pire à Brakmar, au vu des pratiques en court ici même, avant d’en conclure qu’il valait mieux ne jamais le savoir. Un soupire de soulagement général se fit entendre lorsqu’ils retrouvèrent la lumière réconfortante des étages supérieurs. Il n’y avait de pire corvée que de jouer les messagers en ces lieux.

Dahal, tel était son nom, supervisait l'ensemble des armées de la cité blanche. Convoqué au plus fort de la nuit par un conseil en état de crise, il aurait volontiers échangé son rang contre celui d’une des jeunes secondes classes qui lui servaient d'escorte. A l’heure actuelle, il se faisait plus l’effet d’un oiseau de mauvais augure que d’un brillant meneur d’homme. La missive qu'il tenait dans la main menaçait de faire exploser les rouages même de la machine de guerre bontarienne. Jaloux de l'ignorance de ses hommes, il serra jusqu'a le froisser le précieux parchemin qu'il venait de récupérer des mains du bourreau.

Dans la nuit mourante, rejoindre le palais ne leur prit que peu de temps, les rues désertes aidant beaucoup. Dahal laissa son escorte dans le grand hall et poursuivit seul jusqu’à la salle où le conseil prenait son mal en patience en attendant des nouvelles. Son entrée fut accueillit par un concert de questions et remarques diverses, que le souverain de Bonta fit taire d’un geste.


- Mes seigneurs, les nouvelles que j’apporte ne sont guère réjouissantes… Veuillez excuser Messire, l’état dans lequel je vous remets ce document…

Il remit le parchemin à son maître, qui le fit circuler après l’avoir parcouru. La lecture générale fit naître un nouveau remue-ménage, mais le calme finit par revenir.

- Ces… aveux sont-ils dignes de confiance ? Etant donné les circonstances, il pourrait s’agir d’une tentative désespérée pour créer d’autres troubles ou brouiller les pistes…

- Ces noms…

Dahal reprit le parchemin maculé de sang coagulé et pointa chacun des patronymes.

- ...Furent particulièrement difficiles à obtenir. Ce sont des pseudonymes, très connu pour qui fréquente certains milieux. Ils ne doivent également pas être inconnus à certains ici présents… Je peux vous dire qu’il s’agit pour moitié de Bontariens, et pour l’autre des Brakmariens.

Il saisit une plume posée sur la grande table et griffonna sur le parchemin en parallèle à la petite liste. Le papier fit ensuite un nouveau tour de table et les visages s’assombrirent d’autant plus. Voir apparaître un nom en particulier les choqua profondément. Mais la décision qui allait tomber ne faisait plus aucun doute. Dahal se racla la gorge pour rompre le silence pensant qui était tombé.

- Que fait-on des deux prisonniers ?

- Supprimez Gamesh. Discrètement. Inutile d’affoler la population avec des cas de trahison dans la chaîne de commandement de l’armée, les rumeurs seront déjà bien assez suffisantes.

- Et pour le Brakmarien ?

Le monarque sembla marquer un instant d’hésitation.

- Exécutez-le avec sa complice. Ca ne sera que lui rendre service par rapport à ce qui l’attend chez ses maîtres. Même si l’envie de le renvoyer là bas avec un joli ruban autour du cou et faire la nique à ces sauvages, ne me laisse pas indifférent.

Pendant que le gros de l’état major quittait la pièce, il reprit la liste source de problème et la relut. Au dernier moment, il fit signe au chef des armées de rester et commença à rédiger deux missives. Très rapidement, il tendit la première, qui n’était rien de plus qu’une succession des noms des Bontariens impliqués accompagnée de quelques consignes. La seconde était bien plus longue et plus protocolaire.

- Dahal, faites le nécessaire pour les nôtres, un tel comportement, une telle collusion avec l’ennemi ne peut rester impunie. Quant aux ennemis en question… Faites parvenir ceci à Brakmar par un messager sacrifiable, qu’ils se débrouillent avec leurs problèmes. Mais il ne fait nul doute qu’ils feront tout pour éviter le ridicule…

Ceci fait, le souverain quitta son bureau et raccompagna son interlocuteur jusqu’à la porte, tout en continuant à réfléchir à la situation. Cette histoire soulevait bien des incertitudes. Sur le seuil, alors qu’il s’apprêtait à refermer la porte, il décida de modifier ses plans.

- Hum… Faites mander Erinyes ! Et que l’accueil soit digne du personnage !
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:20

Chapitre 7 : Pluie de cendre


Calarva frappa si fort du poing sur la table que les multiples apéritifs cramoisis jusque là docilement rangés dans de petites coupelles s'éparpillèrent sur le bois vernis.

- Par Djaul ! Je veux sa tête !

Le messager bontarien, solidement encadré par deux gardes, priait son dieu, dans l'espoir futile de sortir vivant de cette mission suicide.

- Que dit la suite du message?

Le gobelin souleva ses yeux globuleux de sa table de script et articula :

- Que le dénommé Erinyes ne sera probablement plus un problème au moment où nous recevront cette lettre, messire. Et que… ils nous souhaitent bien du courage avec nos propres soucis.

Le chef des armées relut la liste de nom en ralentissant sur les cinq qui lui étaient familiers. A n’en pas douté, c’était de la trahison dans la plus pure tradition brakmarienne : sournoise, silencieuse et profitable. Du bon boulot… si cela n’avait coûté si cher à l’armée. Quelle ignominie ! Des Brakmariens exécutant les basses œuvres de ces maudits emplumés ! A défaut de laver l’insulte par un massacre de Bontariens, il se contenterait par remettre les fauteurs de troubles dans le droit chemin… de la fosse commune.

- Organisez moi de petites exécutions discrètes ... Que cela ait l'air de larcins ou de broutilles habituelles... De braves soldats victimes de leur chère cité….

Le scribe nota les ordres avec application.

- ...On a assez de pagailles dans cette ville pour ne pas en rajouter...

Le regard de Calarva croisa celui, supplicié, du messager.

- Et jetez moi ça dans les douves, qu'on n'en parle plus...

Le faciès poilu du Sadida, maître suprême des forces armées de Brakmar, se tourna vers la fenêtre d'ou l'on apercevait le torrent de lave qui ceinturait la ville. Son bâton se rompit sous l'effet de sa rage, lui écorchant les paumes.

- Saleté d'Erinyes... Si seulement je pouvais t'avoir entre mes mains...
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Khyrra
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:21

Chapitre 8 : Crépuscule


Il y a des jours avec et des jours sans. A peine rentré quelques heures plus tôt d’une éreintante expédition sur Pandala, les plans de repos bien mérités d’Erinyes s’étaient vus pulvérisés par l’arrivée d’un émissaire en provenance directe des hautes instances dirigeantes de Bonta. Devoir reprendre du service si tôt l’exaspérait, comme chaque jour supplémentaire passé au service du « bien » dans une guerre qui au final n’avait pas bougé d’un pouce depuis des années. Il aspirait de plus en plus à quitter les champs de bataille pour retrouver une vie calme et simple, ou plus lucrative, une vie où il ne serait plus sous les ordres d'hommes sacrifiant des existences pour la simple satisfaction de leurs egos.

Ce faisant, il repensa aux neufs braves qui défiaient les cités à ses côtés, puis par extension, à tous les soldats qu’il avait sous ses ordres. Il envia ses hommes quelques secondes : ça n’étaient jamais eux qu’on venait tirer du lit aux aurores pour une quelconque mission. Non, eux pouvaient dormir paisiblement.


"Jusqu’à ce que leur chef vienne les envoyer à la mort."

Il passa la garnison en faction devant le palais, saisissant aux passages des bribes de conversations à voix basses, où il était question d’assassinat. Aurait-il été moins pressé par son impérieux rendez-vous qu’il se serait arrêter pour prendre des nouvelles, mais il se contenta de saluer les gardes et de poursuivre.

Au lieu de se diriger vers l’habituelle salle de convocation du conseil, il prit la direction d’une galerie peu fréquentée car ignorée de beaucoup. Etrange, mais pas incompréhensible si l’urgence de la situation telle qu’il la pressentait, s’avérait. Une affaire de plus où la discrétion resterait le maître mot… Il pressa le pas, autant être fixé rapidement. Dahal, son supérieur hiérarchique, l’attendant devant la porte menant au lieu de rencontre, accompagné de quatre lanciers. Il paraissait nerveux et embarrassé, toute cette histoire devait vraiment sentir mauvais. Erinyes repensa à la discussion surprise à l’entrée : par les dieux, pourvu que cela ne soit que rumeur !

Erinyes s’approcha pour franchir le seuil lorsque les soldats lui barrèrent la route. Interloqué, il interrogea Dahal du regard, s’attendant à quelque explication. Celui-ci se contenta de lui faire signe de lui remettre son épée.


- Depuis quand ?

- Depuis que l’on a attenté à la vie d’une personne d’importance. Ce sont les ordres, nul n’approche armé des membres du conseil.

- Et eux ?

Erinyes désigna les gardes d’un mouvement du menton.

- Eux, c’est différent…

- Tu n’as plus confiance en moi ?

- Là n’est pas la question ! Obéis point !

- Comme tu voudras Dahal…

Avec une mauvaise volonté visible et une lenteur exagérée, Erinyes déboucla son ceinturon et le remit au maître des armées. Il se sentait nu et vulnérable ainsi désarmé et le tour que prenait cette rencontre lui plaisait de moins en moins. Dahal vérifia qu’il ne portait pas d’autre arme avant de faire signe aux gardes de s’écarter de la porte. Le groupe entra alors et remonta le corridor jusqu’à son extrémité. La coursive bordait un petit jardin privé, propre à l’introspection avec le gargouillement apaisant de sa fontaine.

Leurs pas raisonnaient sinistrement dans ces lieux étrangement déserts, alors qu’une réunion de la plus haute importance devait s’y tenir. Désert jusqu’à ce qu’ils rejoignent une silhouette abîmée dans la contemplation du jardin. Dahal fit stopper la petite troupe à une quinzaine de pas et attendit que le souverain de Bonta se tourna vers eux. L’assemblée entière était nerveuse, tous avaient compris que quelque chose de grave se préparait. Erinyes jeta un regard furtif à son commandant, interrogatif, mais celui-ci l’ignorait, fixant son attention sur son roi. N’y tenant plus, il prit la parole, faisant fi de tout protocole.


- Mon Seigneur, vous m’avez fait mander de toute urgence. Dois-je reprendre mon service immédiatement ?

- Non, ça ne sera pas nécessaire…

Erinyes sentit les gardes se rapprocher de lui imperceptiblement, tandis que Dahal venait se poster devant lui. Erinyes se retrouva face a son supérieur, dans la position la plus délicate qu'il eut jamais connu. Un lourd silence s'installa dans la salle. Erinyes finit par baisser les yeux et vit que Dahal tenait un document roulé. Celui-ci défroissa son parchemin, le parcourut des yeux, puis le tendit à subordonné en lui demandant :

- Stratège Erinyes, connaissez vous ces hommes?

Erinyes saisit l’écrit, une seule lecture suffit à lui faire entrapercevoir le gouffre qui se profilait devant lui. Les dix noms ici listés lui firent l'effet d'une douche glacée. Chacun des hommes, qui, sous sa directive, s’étaient associés contre l'ordre établi, avait son pseudonyme et son véritable patronyme inscrits, côte a côte. Même les cinq Brakmarien étaient mentionnés. Il réprima un léger tremblement. Ainsi, quelqu'un avait parlé, il ne pouvait en être autrement. Il douta une brève seconde, puis se rassura. Aucun d'entre eux ne l'avait trahit. Ca ne pouvait être ça, il devait s'être passé quelque chose de grave. Il repensa à cette rumeur d'assassinat, et comprit.

- Oui, en effet, je connais ces hommes.

Sa voie était assurée, fière, sure. Il avait toujours su qu'il devrait un jour assumer les conséquences de ses actes. Rêver de retraite et de calme restait le fantasme de tout soldat. Il n'avait jamais eu la naïveté de croire qu'ils pourraient éternellement braver les instances des deux villes sans que cela ne transparaisse d'une façon ou d'une autre. Il ne fuirait pas devant ses responsabilités, maintenant qu’il était au pied du mur.

- Vous savez donc que cinq de ces hommes sont des soldats ennemis?

- Oui, en effet, cinq de ces noms sont ceux de soldats Brakmariens

- Pouvez vous alors nous expliquer vos rapports avec ces hommes?

Le ton que prenait Dahal était des plus officiels. Certes, ils n'avaient jamais prit pour habitude de se tutoyer en public. Cependant, Dahal mettait beaucoup de distance dans ses propos, comme s’il tenait à se détacher de cet homme qu'il tenait en estime, comme si le travail qu'il se devait d'accomplir à cet instant lui était insupportable. Erinyes se savait coincé, mais il faisait front, cherchant le regard de son accusateur, le défiant même, un brin méprisant.

- Nous travaillons ensembles, pour satisfaire les mortelles missions de ces altesses. Les pions sacrifiables ont choisi d’assurer leur survie et de remplir leur devoir. Nous ne sommes pas jetables Messire, ne vous étonnez pas que nous tenions à notre peau plus qu’à votre stupide guerre.

La tête haute, un sourire vindicatif sur les lèvres, il fit un pas en avant. Les gardes se précipitèrent pour l’arrêter mais il n’avait nulle intention d’aller plus loin. Il était suffisamment proche de son supérieur pour paraître intimidant sans être menaçant.

- Dis moi Dahal, quand ouvriras-tu les yeux ? Quand viendra ton tour ? Ou resteras-tu un chien servile toute ta vie ?

Dahal était un homme droit. Jeune officier, il avait été l'un de ceux qui avait le plus lutter pour améliorer les conditions de vie de ses soldats. C'est son dévouement pour ses hommes qui avait attiré sur lui l'attention des hauts dirigeant de la ville, qui lui avait permis de gravir peu à peu les échelons jusqu'au sommet de la hiérarchie. Jamais cet homme n'avait cherché le pouvoir, jamais il n'avait visé le poste qu'il occupait désormais. Il s'était toujours retrouvé, promotion après promotion, a les accepter dans le seul but de rendre l'armée de Bonta plus humaine, plus performante, dans le seul et unique but d'assurer a ses hommes une plus forte chance de survie.

C’était ses qualités qui lui avaient mainte fois fait recommander Erinyes pour nombre de missions périlleuses. Cet homme était capable, à ses yeux, d'assurer le commandement avec un minimum de mort, ce qu'il ne pouvait trouver chez la plupart des stratèges de Bonta. Il avait même eu la joie de voir les troupes d'Erinyes rentrer victorieuses de missions suicides sans la moindre perte humaine. Il avait toujours considéré cet homme comme le plus apte à lui succéder à la tête des armées de Bonta, et avait toujours regretté qu'Erinyes n’ait jamais eu cette ambition.

Aussi l'attaque d'Erinyes l'ébranla-t-elle profondément. Voilà ce qui enlevait toute cette foi qu'il avait placé en lui. Il manquait donc à Erinyes la chose qui pour lui était primordiale : la loyauté. Cet homme avait peut-être été loyal… à une époque. Il se remémora fugacement nombre de conversation où il avait senti chez Erinyes le même dévouement pour sa ville, pour ses habitants. Mais la haine que vouait Erinyes à l'aristocratie l'avait détourné de cette route qu'il aurait tant voulu le voir prendre.


- C'est ainsi que tu vois les choses? Tu craches sur les hommes qui assurent ta pitance. Tu oublies la chose la plus importante Erinyes. Ce sont ces hommes qui assurent le maintient de Bonta, qui l'empêche en la gouvernant, de sombrer face à Brakmar.

- Ces hommes sont des bouchers ! Peu leur importe les autres, eux restent bien à l’abri derrière leurs murailles !

Face à une telle réplique sans appel, Dahal oublia tout protocole. Il ne pouvait plus poursuivre cette mascarade de procès alors qu’il savait pertinemment que le sort d’Erinyes était joué depuis longtemps. Il saisit son stratège favori par l'épaule et s’approcha de lui pour lui parler à voix basse, laissant les gardes alentours apercevoir une larme sur sa joue.

- Erinyes, si j'avais eu le temps pour avoir un foyer, j'aurais aimé que mon fils te ressemble. Tu es probablement celui en qui j'ai fondé le plus d'espoir parmi tous les hommes que j'ai commandé, et seul Iop sait combien j'ai pu en commander, combien de fils de Bonta j'ai vu périr sur le champ de bataille. Mais il te manque une chose Erinyes. Il te manque une chose primordiale.

Les gardes, choqués par le brusque changement d'attitude et le violent relâchement de cet homme qu'il avait toujours connu si stoïque en toute circonstance, s'écartèrent des deux hommes.

- Allons, allons, ne versons pas dans le sentimentalisme, messieurs. Dahal! Vous vous relâchez, vous me décevez.

Dahal ignora la remarque de son souverain et plongea son regard dans celui de cet homme qu'il avait un jour considéré comme un fils.

- Mais je permettrait pas que la honte s'abatte sur toi mon ami !

Bravant les ordres donnés plus tôt et sans laisser à Erinyes le temps de comprendre où il voulait en venir, Dahal tira l’épée qu’Erinyes lui avait remis à l’entrée de son fourreau et en transperça le torse de son subordonné. Il n'y eu pas un son, Erinyes ne poussa pas le moindre cri, sa bouche s'entrouvrît, ses pupilles se dilatèrent sous l'effet de la pression exercée par la poigne du Iop. Dahal retint la chute du corps, le laissant glisser peu a peu vers le sol, puis, passant sa paume sur les paupière d'Erinyes, lui fermai les yeux.

- Puisses-tu reposer en paix. Tu seras mort au fil de ta propre épée, c'est ce que je pouvais t'offrir de mieux.

Le souverain hocha la tête en signe d'assentiment.


Dernière édition par Khyrra le Dim 21 Juin - 9:22, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:21

- Je doit vous avouer, messire Dahal, que vous m'avez fait peur un court instant, je ne vous aurais jamais cru capable d'autant d'émotion, vous d'habitude tant a cheval sur la disciple.

Le souverain se rapprocha du corps inerte, qu’il frappa de la pointe des pieds. Sans réaction, il fut assuré de la mort effective de ce dernier.

- Peu académique comme manière de faire… Cependant, je dois bien avouer que vous nous avez simplifié les choses. Un jugement aurait été des plus néfastes, je voyais d'ici ces gueux de Brakmar s'égosiller a nos dépends.

Il adressa un sourire satisfait au chef des armées, qui ne quittait le cadavre d'Erinyes des yeux.

- Je vous laisse vous occuper du corps de ce chien, jetez le dans une fosse quelconque, brûlez le, enfin ...

Il laissa échapper un geste de lassitude.

- ... Faite en ce que vous voulez, je ne veux plus en entendre parler. Je vais de ce pas informer le conseil du dénouement de cette affaire. Nous trouverons bien comment camoufler sa disparition.

Le souverain s'adressa alors aux gardes qui, silencieux, certains décoiffés, assistaient à la scène avec effroi.

- Soldats, ce qui vient de se passer dans cette pièce est du plus haut niveau de confidentialité ! Sachez que votre silence sera grassement récompensé. La mort de cet homme, et les suites de cette affaire, vont libérer des places pour de futures promotions. Pensez y...

Le monarque s'éloigna, laissant Dahal écumant de rage face au cadavre de son officier, sous le regard pétrifié des gardes.

- Un chien...

Dahal se détourna du corps d'Erinyes, la main serrée sur le pommeau de l'épée meurtrière. Il chercha dans l'eau de la fontaine une justification aux paroles qu'il venait d'entendre.

- Cet homme a risqué sa vie d’innombrables fois sous la bannière de Bonta, et ce seront donc les seules paroles de reconnaissance qui lui seront données?

Dahal se laissa gagner par la colère, saisissant l'épée d'Erinyes des deux mains, il la souleva au dessus de sa tête, et l'abaissa avec une violence inouïe, visant son reflet défiguré dans l'eau.

- Est ce ainsi que l'on s'adresse a un homme qui aura servi toute sa vie ses hommes et sa ville !!!

L'épée, au contact de la pierre brute, explosa en de multiples fragments, dont les éclats s'éparpillèrent dans la pièce, accompagnant les échos du hurlement que venait de pousser Dahal. Le souverain, qui avait atteint la porte, ne se retourna même pas, passant sous la voûte avec la même lassitude désintéressée que celle qui s'était laisser deviner dans le ton de ses paroles. Toujours furieux, Dahal pivota vivement vers les soldats encore présents et les foudroya du regard, comme autant d’éléments indésirables.

- Sortez ! Et n’oubliez jamais les paroles de notre cher roi !

Les gardes se regardèrent, indécis et hésitants. Ils ne savaient plus sur quel pied danser, les ordres se contredisaient. Finalement, ils choisirent de lever le camp plutôt que d’affronter plus longtemps l’ire de leur chef. Dahal les regarda disparaître et attendit encore de longues minutes après que la porte se fut refermée sur eux.

Une fois assuré d’être seul, il s’agenouilla à côté du corps étendu dans une mare de sang grandissante. Il chercha le pouls au cou et le trouva : très faible mais encore bien présent. Avec un soupire de soulagement, il tira une fiole d’une bourse nouée à sa ceinture et en versa le contenu entre les lèvres pâle de son officier. Puis il patienta, le temps que la liqueur ramène Erinyes des limbes de l’inconscience. Celui-ci toussa et cracha, mais son regard brumeux démentait ce brusque regain de vitalité.


- Tu comptes me torturer longtemps avant de m’achever ?

Sa voix n’était guère plus qu’un murmure, il luttait de ses dernières forces pour s’accrocher aux dernières brides de vie qui s’échappaient de lui.

- Je veux des réponses…

- Il n’y a pas de réponse. Regarde au fond de toi, et tu verras…

Le silence s’installa entre eux. Eux qui avaient été si proches autrefois considéraient à présent le gouffre immense qui les séparait et qui allait engloutir Erinyes.

- Avant que… Je voudrais que tu me dises comment ? Et s’ils sont tous…

- Gamesh. Et un Brakmarien, Seras je crois, nous les avons pris sur le vif. Ce devait être un coup monté, c’était trop simple, trop évident, nous avons reçu une dénonciation plusieurs heures avant. Ils ne t’ont pas trahis, ils ont tenus bien plus que n’importe qui, mais d’autres ont su être plus persuasifs. Ils sont morts tous les deux. Pour les autres, je ne saurais te dire s’ils ont survécu, même pour ce qui est de notre côté.

- S’ils sont vivants, alors laisse les en paix, j’ai payé pour eux, c’est moi qui ait fomenté cette trahison.

- Tu sais bien que je ne pourrais pas les laisser courir, les ordres…

- Les ordres ! Toujours les ordres !

Son emportement fut brisé net par une quinte de toux mêlée de sang. Un froid glacé l’envahissait peu à peu et il se força au calme pour ne pas brûler inutilement les dernières forces qui lui restaient.

- Alors, fais le au nom de ce qui fut notre amitié. Porte leur ce dernier message de ma part : qu’ils disparaissent, qu’ils oublient à jamais ces cités qui nous tuent ! Je ne t’en demanderais pas plus…

- Je ne sais même pas où les trouver…

- Il y a une grotte dans les plaines de Cania, un amoncellement de rochers assez atypique. Ils y seront, c’est un point de ralliement, pour les coups durs. Promet moi que tu ne vas pas les dénoncer, pas tout de suite. Laisse-leur la chance que tu ne m’as pas donnée.

Dahal hésitait : laissait passer l’occasion de liquider les traîtres survivants lui était insoutenable. Puis il se souvint de la dernière réaction de son souverain et serra les poings. Non, pour une fois, le devoir passerait après l’amitié, et il ne pouvait refuser les dernières volontés d’un mourant, son ami qui plus est.

- Soit ! Je ferais mon possible, mais passé ce soir, je ne pourrais plus rien pour eux, sens en bien conscient.

Erinyes ne répondit pas. Ses yeux étaient plongés dans ceux du iop. Dahal, nerveux, la gorge nouée, semblait regretter d’en être arrivé à ce point. Des années de confiance et de fraternité se lisaient dans cet échange. Il pouvait presque en deviner les pensées d'Erinyes.

« Je ne craint pas la mort ... alors ne la craint donc pas à ma place... Je ne regrette rien… »

Dahal le sentit du bout des doigts avant même de terminer sa phrase. La nuque d'Erinyes se détendit, ses yeux, vitreux, perdirent leur teinte. Il resta silencieux, incapable de pleurer. Trop d'informations s'agitaient dans sa tête, et en tant qu'homme, que Iop et que chef des armées, il venait de faire une promesse. Dahal se releva, et tourna les talons.

« Les plaines de Cania, un amoncellement de rochers assez atypique »

Il fit trois pas avant d'entendre un son qu'il prit d'abord pour du verre brisé. Il souleva le pied et réalisa sur quoi il avait marché. Eparpillées dans la cours, reflétant en miroitant la forte lumière de du soleil, une myriade de lueurs se reflétaient dans la pièce. Il se pencha, saisi un des fragments de lame qui jonchaient le sol, et contempla le jeu de lumière qu'il produisait.

Un homme venait de mourir.
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:23

Chapitre 9 : Requiem


- Lerys ?

Le sacrieur releva la tête et laissa tomber son activité du moment. Il escalada le roc qui leur servait de poste de guet pour rejoindre Agaetis, disciple de Sram de son état et désormais fugitive. Tout comme l’étaient les rares survivants au carnage du jour. Quatre, ils n’étaient que quatre au point de rendez vous. Le soir approchait, et il ne se faisait plus guère d’illusion quant au sort des absents. Il s’allongea sur la pierre encore chaude du soleil de la journée, aux côtés de la Bontarienne.

- Une heure que je l’ai repéré…

Elle désigna une silhouette montée sur une dragodinde et accompagnée d’une deuxième monture transportant une charge en travers de sa selle.

- Un voyageur égaré peut-être…

- Je pensais qu’il suivait l’ancienne route, mais non, il vient droit sur nous. Il n’est pas si égaré que cela…

- Ca ne peut pas être un des nôtres, il aurait déjà donné les signes de reconnaissance sinon. Préviens les autres, nous allons accueillir notre invité comme il se doit.

En l’absence d’Erinyes et en sa qualité de second, Lerys prenait régulièrement les rênes de leur petite organisation, mais en ce triste jour, il aurait largement préféré se décharger sur son chef plutôt que de devoir prendre des initiatives. Malheureusement, Erinyes n’avait pas donné signe de vie et il fallait bien qu’il assume sa charge. Il chassa ses idées noires et rejoignit son petit groupe : Agaetis s’était déjà armée de son arc et couvait du regard Codd’Hin, son compagnon eniripsa rescapé de Bonta, occupé à panser Keros.

Si les deux autres avaient pu s’en sortir sans dommage grâce à l’ingéniosité de la sram, Keros lui n’avait dû son salut qu’à ses capacités à distendre le temps. Malgré tout, le xelor devait déplorer quelques vilaines blessures. Lerys interrogea Codd’Hin d’un haussement de sourcil, mais ce fut Keros qui répondit.


- C’est bon, je survivrais, ils n’auront pas ma peau aussi facilement. Alors voir quelle catastrophe nous tombe du ciel.

Ils s’enfoncèrent dans la formation rocheuse, se servant des élévations et des irrégularités du terrain pour voir sans être vu et trouver un angle d’attaque sans trop s’exposer. Tandis que ses hommes – et femmes- se postaient en hauteur en lisière de la formation rocheuse, Lerys s’avança aux devants du visiteur tout en restant à portée de ses compagnons. L’étranger sembla l’apercevoir et força l’allure de ses bêtes, il stoppa néanmoins à distance respectable du sacrieur. Ils se toisèrent en silence, chacun sentant l’ennemi en l’autre.

- Vous devez être Lerys, si j’en…

- Je ne suis personne tant que je ne saurais pas qui vous êtes !

- Dahal, grand manitou des forces militaires de Bonta !

Agaetis avait quitté son poste et avançait désormais vers les deux hommes, une flèche encochée prête à partir. Lerys se tendit aussitôt et porta la main à son arme. Il connaissait les relations d’amitié entre le iop et Erinyes, mais voir débarqué le pire cauchemar des Brakmariens en ces lieux et en ces circonstances n’augurait rien de bon. Depuis les attaques du matin, il avait largement eu le temps de discuter et d’échafauder toute une série de théories sur les raisons de telles agressions, mais au final, une seule restait plausible.

- Il nous faut nous attendre à voir débarquer le reste de l’armée dans combien de temps ? A moins que vous n’espériez finir le boulot seul !

Dahal fut surpris par la violence de Lerys. Il s'attendait à rencontrer des hommes et des femmes craintifs... Il se retrouvait face à des soldats résolus à tuer si il le fallait. Le sacrieur tout particulièrement, semblait en proie à une véritable rage. Dahal suivit son regard des yeux, et comprit ce qui alimentait cette rage.

- Quelle est la raison de votre présence ici, messire Dahal? Selon votre réponse, je me verrai dans l'obligation de prendre certaines décisions. Il en va de notre survie à tous les quatre.

Keros, Agaetis et Codd’hin firent front commun derrière Lerys. Ce dernier ne quittait pas des yeux la masse que l'on devinait sous un drap, porté par la seconde monture de Dahal. Agaetis l'indiqua de la main.

- Les chefs d'armées se promènent souvent dans les plaines avec des cadavres aujourd'hui? Je vous aurais imaginé des hobbies moins macabres. A qui appartient ce corps?

La main de Lerys se referma sur son sabre. La réponse de Dahal provoqua chez les quatres anciens miliciens d'Erinyes un froid digne de l'île de Nowel. Lerys, abattu, dégaina dans le silence qui suivit, fit un bond, se plaçant entre le flanc de Dahal et sa dragodinde. Dahal ne réagit pas, conservant du coin de l'oeil une surveillance précise des mouvements du sacrieur. Il sentit apparaître dans son dos le xelor, et étudia les mouvements de la sram et de l'eniripsa, qui étaient resté en retrait. Lerys laissait apparaître a travers ses iris la pire furie qu'il n'eut jamais puisé dans son sang. Il fait signe au xelor d'aller chercher le corps, et lâcha, la voie totalement déformée.

- Vous allez m'expliquer clairement ce qu'il est arrivé ... et si je devais apprendre que votre propre main ...

D'un signe de tête, Lerys indiqua la dépouille à Keros.

- Va vérifier. Je le tiens en respect.

Keros recula lentement, conservant le dos du iop dans son champ de vision. Arrivé à coté de la dragodinde, il hésita avant de tourner la tête. La seule vue de la nuque lui confirma l'identité du mort. Il s'agissait bien d'Erinyes. Lerys aperçut Keros ravaler péniblement sa salive. Il ne lui en fallait pas plus pour confirmation.

- Je vous écoute Dahal...

- Deux de vos camarades ont été pris à la suite d'une tentative d'assassinat avortée.

Hormis Lerys qui ne quittait pas Dahal des yeux, les miliciens d'Erinyes s'entreregardèrent : beaucoup de choses s'expliquaient. Sous le regard du sacrieur, le iop compris qu’il lui fallait fournir plus d’explications.

- L'un d'entre eux a finalement parlé sous la torture. Vos dix noms ont été donnés. Ai-je vraiment besoin d'en ajouter plus?

Lerys ne répondit pas. Il rengaina son épée, et se dirigea vers le xelor, afin de constater de ses propres yeux... Dahal masquait fortement le trouble dans lequel il se trouvait. Tout dans l'attitude de cet homme démontrait une loyauté incroyable. Il serait mort pour Erinyes, sans même l'ombre d'une question. Les images des événements récents s'entrechoquèrent dans sa tête, et pour la première fois de sa vie, Dahal oublia ses principes et se prépara a mentir plutôt que d’avouer sa responsabilité. Se faire massacrer par un sacrieur fou furieux et ses petits copains n’entraient ni dans sa promesse à Erinyes, ni dans ses projets immédiats. C’était de la pure lâcheté, il n’avait aucune envie de provoquer un affrontement alors que toutes les chances étaient contre lui. Dahal n’aimait pas être perdant, et à cet instant, il se disait qu’il ne devait pas être loin d’éprouver ce qu’Erinyes avait ressentit quelques heures plus tôt avant qu’il ne le tue.

Lerys venait de remettre le drap en place lorsqu’il accrocha un sac de jute qui tinta d’un son métallique. Intrigué, il l’ouvrit des découvrit les fragments de l’épée de son mentor.


- Je l’ai trouvé ainsi, aux côtés d’Erinyes agonisant. Il ne m’a rien dit, mais je pense qu’elle devait vous revenir.

- Elle l’accompagnera jusqu’au bout, je n’ai aucun droit dessus.

- Qu’allez vous faire du corps ?

- Le brûler. Nous aimerions tous lui rendre les hommages dus, mais dans les circonstances actuelles… Mieux vaut cela que de l’abandonner aux charognards ou de l’enterrer dans un trou comme une bête crevée.

Dahal baissa les yeux, il se sentait terriblement coupable et inutile face à la détermination et à la loyauté que ces quelques personnes vouaient encore à un défunt. Que pouvait-il bien faire en comparaison ?

- Erinyes était mon ami…

- Ah ! Mieux vaut ne pas compter dans vos amis étant donné la manière dont vous les traitez ! Vous vous contentez de les poignarder ou vous les empoisonnez aussi quand cela est possible ?

Dahal ignora la pique et reprit.

- Erinyes était mon ami, aussi vais-je racheter une infime partie du tord que je lui ai fait. Vous pourrez lui donner une sépulture décente, que le reste du monde ignorera. En sa mémoire, je tairais son emplacement, que ce lieu devienne pour vous un sanctuaire si vous le souhaitez.

- Nous n’avons pas besoin des faveurs d’un assassin !

- Ca n’est pas pour vous que je le fais, mais pour Erinyes ! Ne me faites pas renier le serment que j’ai fait à un mourant…

Personne ne releva, trop partagé entre la haine soudaine face au responsable d’une partie de leurs malheurs, et le besoin irraisonné d’offrir un dernier adieu digne de ce nom à leur mentor. Dahal soupira : il s’était attendu à bien des difficultés, mais pas à tant d’opposition. Ils étaient traqués, condamnés à mort par les deux grandes cités, contraint à une vie d fuite et de dissimulation jusqu’à ce que, épuisés, ils abandonnent la partie, et pourtant ils ne perdaient rien de leur détermination et de leur fierté. Dahal se sentit subitement très las : rien ne pourrait les faire plier.

- Je comprends mieux comment vous avez pu tenir pendant toutes ces années. Fiers et droits jusque dans la trahison, comme Erinyes. J’aurais fait mon possible…

Lentement, après un dernier regard à son officier disparu, il tourna les talons et repartit vers sa dragodinde. Codd’Hin, Keros et Agaetis firent cercle derrière Lerys. Ce dernier percevait leur incertitude, leur désir de faire un dernier geste, lui-même en mourait d’envie. Agaetis posa une main sur son bras pour attirer son attention.

- Que fait-on ?

- Allez chercher les montures, on le suit. Si Erinyes lui a accordé assez de confiance pour nous l’envoyer, le moins que nous puissions faire, c’est de l’honorer jusqu’au bout.
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Khyrra
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:23

Chapitre 10 : Equinoxe


Le ciel s’illuminait des dernières lueurs rougeoyantes du soleil couchant lorsque le petit groupe atteignit les grilles rouillées et décaties du vieux cimetière de Bonta. Oublié depuis longtemps au profit d’un autre plus proche de la cité, celui-ci avait piètre allure, avec ses tombes tombant en ruines et ses allées envahies par les herbes folles. Sans un mot, ils passèrent un par un la porte pendue à ses gonds déglingués, suivant Dahal comme son ombre. Ils s’enfoncèrent dans les tréfonds de la nécropole, dans une zone encore plus ancienne. Bien que tête basse, chacun jetait de rapides et furtifs regards autour de lui, à l’affût du moindre danger. Les lieux avaient mauvaise réputation et ils sentaient peser sur eux la menace d’autres poursuites. Cet endroit leur semblait tout indiqué pour un guet à pend.

Ils firent halte devant une petite chapelle familiale comme le cimetière en comptait tant, à demi masquée par un enchevêtrement de ronces et lierre. Dahal descendit de sa monture et entreprit de dégager l’accès à grand coup d’épée, tel un aventurier perdu dans une jungle épaisse. Les autres ne firent pas mine de lui venir en aide, le laissant à son pénible travail pour scruter les environs et sécuriser au moins temporairement la zone. Seul Lerys resta auprès de la dragodinde transportant la dépouille d’Erinyes, comme s’il ne pouvait se résoudre à accepter la triste réalité. Dahal disparut dans la crypte quelques secondes avant de revenir. Agaetis, Keros et Codd’Hin revinrent de leur ronde et firent cercle autour de lui.


- Il n’y a rien à craindre, je ne vous ais pas attirer ici pour plus de facilité d’enterrement… Une fausse commune suffirait amplement pour vous.

Il leur adressa un sourire sauvage avant de tourner les talons. Lerys dut intervenir pour empêcher ses compagnons de régler son compte au Bontarien.

- Suffit ! Vous solderez vos différents plus tard, pour le moment, nous avons un ami et maître à honorer.

La seule mention d’Erinyes suffit à ramener le calme dans les rangs. Même décédé, il gardait une influence considérable sur ses hommes. Le sacrieur regrettait d’avoir à en appeler à sa mémoire pour maintenir un semblant d’unité devant tant de rage, bien que lui même aurait volontiers étripé Dahal. Il leur fit signe d’allumer des flambeaux pendant qu’il se chargeait de détacher le corps enveloppé de son linceul improvisé. Pour rien au monde il n’aurait laissé cette tâche et l’honneur de porter son mentor dans son ultime demeure à un autre.

Ployant sous son fardeau, Lerys engagea le pas à Agaetis et Codd’Hin qui éclairaient le chemin, tandis que le xelor fermait la marche. La tombe était sombre, poussiéreuse et puait le renfermé, mais restait sèche, même si les fondations montraient des signes de faiblesse non négligeables. Dahal les attendait devant une alcôve plongée dans des ténèbres plus épaisses encore. Les compagnons fichèrent leurs torches dans des supports prévus à cet effet sur les murs, dévoilant ainsi un caveau massif clôt par une lourde plaque de marbre gris veiné de noir. Devant l’hésitation des rescapés, Dahal prit sur lui de leur donner quelques éclaircissements.


- Cette tombe aurait dû être la mienne, c’était prévu ainsi depuis des années. Mais, grace ou plutôt à cause de mon grade, j’aurais droit à bien mieux. Je veux qu’Erinyes repose ici, personne n’y mettra plus jamais les pieds. Vous serez libre d’aller et venir, personne n’en saura jamais rien.

Lerys approuva, il comprenait que cet acte était avant tout un moyen détourné de se racheter. Cette fois, ils joignirent leurs efforts à ceux du commandant bontarien pour faire glisser la dalle, puis ils s’écartèrent pour laisser passer Lerys. Le sacrieur déposa le corps d’Erinyes dans le tombeau et écarta le drap pour que tous puisses le voir une dernière fois.

- Plus qu’un chef, c’était un ami fidèle, comme tous nos compagnons que nous pleurons également sans pouvoir les mettre en terre dignement. Il n’était pas un traître, contrairement à ce que l’histoire voudra bien retenir de lui, de nous, mais un homme pour qui la vie de ses proches, de ses troupes comptait bien plus que l’approbation de quelques puissants. Nous sommes fiers d’avoir servis à ses côtés, notre seul tord aura été d’avoir voulu croire en la nature humaine en espérant des jours meilleurs. Cette erreur, nous ne la commettrons plus.

Lerys marqua une pause, laissant à chacun le soin de prononcer ou non les paroles qu’il avait à cœur.

- Erinyes, mon frère, repose en paix.

Dahal choisit cet instant de recueillement pour s’éclipser. Ils leur laisserait jusqu’au lendemain midi avant de lancer ses limiers à leur trousse. Une nuit de plus ou de moins ne changerait rien pour lui, mais il estimait juste de laisser un peu de repos à ces hommes et femmes éprouvés par le destin ces dernières heures.

Lerys remit le linceul improvisé en place, puis disposa le sac contenant les fragments de son épée aux pieds d’Erinyes. Ils remirent ensuite la dalle en place, et se regardèrent, tristes et abattus. Pourtant, des éclairs de colère contenue pouvaient se lire dans les yeux de chacun, le second sentit qu'il devait une dernière fois jouer son rôle et traduire ce que les quatre éprouvaient.


- Je ne veux plus porter ce nom sali que cette ville m'a donné, à partir d'aujourd'hui je renonce à Brakmar, je renonce à mes ailes!

Accompagnant la parole d'un geste bref et sec, le démon sectionna son aile gauche d'un coup de dague, laissant jaillir un flot de sang. Le visage crispé par la douleur, il tourna un rictus de rage vers ses compagnons.

- Je renonce à lutter au nom des monarques qui ont massacré l'homme qui m’avait redonné goût au combat !

Dans un silence quasi religieux, les trois autres soldats se tranchèrent une à une leurs ailes, s'aidant les un les autres. Lerys repris la parole, d’une voie fébrile :

- Aujourd’hui je renonce à mes ailes et à mon nom, je ne veux plus être connu comme un soldat brakmarien ! Je combattrais à ma guise, pour qui voudra de moi, je ne serais à la solde de personne, sinon à la mienne, selon mon propre désir, et selon mes propres critères. Erinyes m'a appris que l'honneur ne réside pas dans une ville, ou dans une cause. Il réside dans nos choix, dans nos actions. Je fais le serment de lutter pour les causes que je choisirais, dans l'anonymat ! Lesquels d'entre vous me suivent?

Agaetis prit la parole en réponse.

- Non, je ne te suivrais pas ... Je ne suivrais plus personnes à partir d'aujourd'hui.

Elle désigna la tombe de marbre du regard.

- Lui mort, je ne pourrais plus obéir aux ordres de quiconque. Je préfère errer aux détours des routes, confier ma lame à qui voudra bien de moi, vivre de ce que l'on me donnera, et ne combattre que lorsque je l’aurais décidé. C'est ainsi que j'espère conserver mon honneur.

Un long silence accueillit cette déclaration. Tous approuvèrent un à un. Lerys regarda tour a tour chacun de ces guerriers.

- A partir d'aujourd'hui, nous ne sommes plus un groupe unis par des ordres ou par des obligations ! Conservons donc nos amitiés, et réunissons nous ici, une fois par an, à la mémoire de notre défunt commandant. Je serais toujours disposé à vous apporter mon aide.

Keros répondit dans un soupir.

- Tu as raison, à partir d'aujourd'hui, notre organisation est morte. Mes frères, je vous quitte ici. Je ne conserverais que le nom qu'Erinyes m'as donné, je ne répondrais plus qu'a cet appel. Oubliez mon identité, mes frères, je n'en ai plus...

Son départ fut suivi par un autre, puis, petit à petit, chacun se dirigea vers sa propre destination. Le sacrieur s'agenouilla sur la pierre inondée de sang et murmura :

- Espérons que ce que tu nous as enseigné se transmette...

Il se détourna et pris la route, ne jetant, après quelques pas, qu'un dernier regard au marbre devenu écarlate.


Nous étions reconnus, nous avions combattu,
Anonymes et invisibles, nous étions,
Liés par le sang versé dans les arènes,
Nous étions frère, au delà des fois,
Frère dans l'adversité, dans la renommée,
Au nom du seul, qui, jusqu'a la fin, lutta



Il est difficile de savoir de nos jours où se trouve la tombe d'Erinyes. Le cimetière est parti à l'abandon, le soleil ne daignant plus percer le tapis de nuages et de humus décomposé qui le recouvre. Ces guerriers firent parler d'eux à travers les terres, au delà des mers. La rumeur de mercenaires créa une aura autour de ces personnages inconnus de tous, ne répondant qu'à des noms de code. Il est dit que certains accepteraient de former des apprentis, selon les enseignements qu'un fier guerrier leur avait transmis... Qui sait… Les rumeurs forment les légendes, et les légendes les mythes.
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   Mer 23 Avr - 20:29

Chapitre 11 : Renaissance
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MessageSujet: Re: Les archives perdues   

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